Crédit photo : Hugues Asnard, fondateur de l’entreprise Pré fleuri.
Créer un pré fleuri, même tout petit, est une excellente façon d’augmenter la valeur écosystémique et ornementale de nos jardins. Non seulement cela ajoute une touche de beauté naturelle à votre espace extérieur, mais c’est aussi un moyen de soutenir la biodiversité en fournissant un habitat précieux et de la nourriture aux abeilles, aux papillons et aux autres pollinisateurs ainsi qu’aux oiseaux. Si vous rêvez de transformer une partie de votre jardin en un havre de fleurs sauvages, vous êtes au bon endroit.
Dans cet article coécrit par Akène et Pré fleuri, nous explorerons les étapes essentielles pour établir un pré fleuri à partir d’un mélange de semences. Préparez-vous à faire de votre espace extérieur un véritable paradis floral !
Qu’est-ce qu’un pré fleuri ?
Inspiré des prairies tempérées d’Amérique du Nord, le pré fleuri est principalement composé de fleurs et de graminées vivaces sélectionnées pour offrir un aménagement esthétique, durable et favorable à la biodiversité. Le pré fleuri ne pourra pas reproduire toute la complexité d’une prairie naturelle, mais s’en rapprochera au fil des ans.
D’un point de vue esthétique, ses fleurs et ses graminées basses à moyennes, qui mesurent d’environ 30 cm à 2 m de hauteur, selon le mélange de semences et le contexte, créent un espace ouvert, c’est-à-dire une surface végétalisée dégagée, sans couverture dense d’arbres et qui laisse circuler la lumière. Un pré fleuri permet donc de conserver un terrain lumineux et ensoleillé ; ça préserve une vue dégagée et permet la croissance des autres végétaux autour, par exemple un jardin. C’est aussi un moyen de créer une atmosphère champêtre qui se marie particulièrement bien au style maison de ferme et campagne que l’on recherche dans les régions plus rurales.
Un pré fleuri est aussi une alternative à la pelouse traditionnelle. Il permet de résoudre les problèmes fréquents que l’on rencontre sur les terrains gazonnés, tels que les invasions de vers blancs, les pentes abruptes difficiles à tondre, l’érosion, les sols secs et peu fertiles ou les sols mous et spongieux peu commodes. Ainsi, un pré fleuri est un substitut idéal à la pelouse dans les zones incommodes et peu utilisées d’un terrain. Dans d’autres contextes, cela dépendra de la bonne volonté et du niveau de sensibilisation du propriétaire vis-à-vis de l’environnement.
C’est tout à fait possible d’aménager un pré fleuri sur un terrain urbain, mais il faut faire en sorte qu’il soit bien accueilli par le voisinage et la municipalité. Les plantes ne doivent pas empiéter sur la chaussée : il faut donc laisser des marges tondues, généralement d’un à deux mètres de large, entre la rue et le pré fleuri. Celui-ci doit aussi paraître volontaire et entretenu, par exemple grâce à une bordure nette, tondue ou délimitée par des roches. Prévoyez aussi un espace entretenu pour déposer la neige en hiver. Pour toutes ces raisons, faire appel à une entreprise spécialisée pour l’implantation, lorsque possible, peut s’avérer pertinent.
Les règles d’urbanisme varient d’une municipalité à une autre, mais de plus en plus de municipalités sont très ouvertes, voire encouragent l’implantation de zones favorables à la biodiversité. Renseignez-vous tout de même auprès de votre municipalité avant de commencer. Le travail de sensibilisation auprès de la communauté, en amont et en aval, reste important afin que davantage de personnes comprennent l’intérêt et l’importance d’implanter ce type d’aménagement sur leur terrain.
Avant de se lancer !
C’est important de bien cerner ce qui vous motive. Pourquoi souhaitez-vous implanter un pré fleuri ?
Pour ce type de projet, il faut s’assurer d’avoir bien conscience de l’intérêt écologique d’un pré fleuri, puis garder à l’esprit que votre satisfaction dépend de la qualité de l’implantation.
C’est un projet qui demandera le plus de travail au début, pour vous ou votre entrepreneur paysagiste, puis qui vous demandera beaucoup de patience par la suite : le processus peut prendre jusqu’à quatre ans avant de voir le plein potentiel de toutes les plantes qui s’y établiront. Une fois établi, par contre, le pré fleuri demande peu d’entretien : moins qu’une pelouse !
La première année est souvent décevante : la plante abri et quelques mauvaises herbes annuelles occupent l’espace pendant que les plantules du pré fleuri s’enracinent. C’est normal !
Les bienfaits écologiques d'un pré fleuri
Un pré fleuri établi peut stocker environ 70 % plus de carbone qu'une pelouse monoculture. Il fait face aux sécheresses et aux épisodes climatiques extrêmes sans dépendre d'arrosages fréquents ni de tontes répétées.
Avec le temps, il améliore aussi la structure et la santé du sol, augmente sa capacité à retenir l'eau et peut même restaurer des sols appauvris ou dégradés.
Ses plantes indigènes sont essentielles à plusieurs insectes. Dans l’est des États-Unis, environ le quart des espèces d’abeilles indigènes sont des spécialistes du pollen : elles ne nourrissent leurs larves qu’avec le pollen de quelques plantes indigènes. Et à peine 14 % des genres de plantes d’une région servent d’hôtes à plus de 90 % des espèces de papillons de jour et de nuit.
Pas besoin de tout transformer : la conversion de seulement 10 % des pelouses résidentielles et des espaces verts publics pourrait avoir un impact important sur la conservation des insectes. Au Québec, les pelouses couvrent près de 15 % du territoire de Laval et près de 20 % de celui de Montréal.
Choix du mélange de semences
Le secret pour assurer la pérennité de votre pré fleuri commence par le choix du mélange de semences !
Assurez-vous que le mélange est adapté à votre site et à l’objectif de votre projet. Prenez en compte les caractéristiques du sol (la texture, l’humidité et le drainage) ainsi que l’exposition au soleil (plein soleil, mi-ombre ou ombre).
Les mélanges résidentiels offerts chez Akène sont développés sur la base de critères clés !
Ils offrent une séquence continue de floraison (du printemps à l'automne) à partir d'une douzaine ou plus de fleurs et de graminées indigènes pour créer un habitat et un abri pour divers organismes, tout en limitant la croissance des mauvaises herbes. Cela couvre différentes fonctions de l'écosystème : des plantes pollinisatrices et des plantes stabilisatrices.
Ils comptent une bonne part de graminées et de carex, qui s’implantent souvent plus rapidement et permettent de stabiliser et de coloniser le sol avant l’arrivée des fleurs. Certaines d’entre elles, à croissance rapide, jouent ainsi le rôle de la plante abri dont nous parlerons plus loin.
Ils évoluent dans le temps : les vivaces comme la rudbeckie hérissée fleurissent dès la première année, le coréopsis lancéolé dès la deuxième, alors que d’autres comme la monarde fistuleuse commencent à apparaître la troisième année et dominent à partir de la quatrième.
Préparation du site
La première étape pour implanter un pré fleuri consiste à bien préparer le site. L’objectif est simple : réduire au minimum la compétition des mauvaises herbes et offrir aux semences un sol à nu.
Calculez votre surface avant d’acheter : une surface sous-estimée donne une densité de semis trop faible, et le résultat peut décevoir même quand les semences sont parfaitement viables.
Retirez ce qui pousse déjà. S’il y a du gazon ou une autre végétation vivace en place, elle doit être retirée avant le semis. C’est la cause d’échec la plus fréquente. Trois options s’offrent à vous selon la taille et l’état du site à ensemencer.
Arrachage manuel : Jusqu’à 200 à 300 pieds carrés (18 à 28 m²), une pelle et un coupe-bordure suffisent pour découper et soulever les plaques de gazon.
Labourage : Sur une surface plus grande, ou si le sol contient beaucoup de vivaces agressives, le labourage consiste à retourner la terre avec un rotoculteur. Il mélange la matière organique et minérale et aère le sol pour favoriser l’enracinement. Les rotoculteurs se louent facilement. Pour éliminer la végétation en place, on pratique le labourage successif : on passe le rotoculteur, on attend que les mauvaises herbes repoussent (environ trois semaines), on les détruit quand elles atteignent 5 à 7 cm, et on recommence au moins deux fois pour épuiser la banque de semences et les rhizomes des plantes que l’on souhaite éliminer.
Occultation : L’occultation consiste à recouvrir le site d’une bâche ou d’une toile noire opaque, que l’on dépose et que l’on fixe sur la zone d’implantation pour une saison complète. Si on veut faire un semis d’automne par exemple, on recouvre le site à ensemencer durant tout l’été. L'occultation prive les plantes de lumière et les emprisonne dans une chaleur intense, brûlant la végétation en surface, les racines et les semences de la couche superficielle. Idéalement, nous recommandons de faire un premier labourage en profondeur avant la pose de la bâche : cela va brasser le sol et stimuler la germination des semences et l’activation des rhizomes des plantes que l’on veut supprimer, et la bâche se chargera ensuite de les éliminer. Retirer temporairement la toile pour laisser germer les mauvaises herbes, puis la remettre, répété quelques fois pendant la saison, réduit encore davantage la pression avant l’ensemencement.
Choisir le moment : automne ou printemps
Deux fenêtres s'offrent à vous pour semer un pré fleuri. Voici comment choisir et ce que chacune demande.
Semis d’automne : Nous recommandons de semer à l’automne, quand les températures sont froides mais que le sol se travaille encore : avant qu’il gèle pour de bon et que la neige s’installe (en général jusqu’à la fin novembre, selon la région). Les premiers gels de nuit ne ferment pas cette fenêtre. Le froid et l’humidité de l’hiver stratifient naturellement les semences, exactement comme le ferait une stratification artificielle au réfrigérateur.
Autre avantage, propre à cette fenêtre : si vous avez préparé le site par occultation, semez une fois la toile noire retirée et ne retravaillez plus le sol après. Le gel et le dégel de l’hiver font descendre les semences dans les interstices du sol tout seuls. En plus de limiter le travail, ça évite aussi de faire remonter la banque de semences d’espèces indésirables déjà présente dans le sol, un risque bien réel dès qu’on rebrasse la terre.
Attention à ne pas semer trop tôt ! Les espèces qui n’ont pas besoin de stratification germeraient avant le gel et ne passeraient pas l’hiver.
Semis de printemps : Si cette fenêtre est passée, semez au printemps. Cette option fonctionne aussi, à une condition : il faut imiter l’hiver en stratifiant les semences au froid pendant 60 à 90 jours avant de semer. Les notes de culture de chaque mélange, sur sa page, précisent la marche à suivre. Le mélange Pré fleuri : Et voilà ! (sans stratification) fait exception : il se sème au printemps tel quel.
Une différence à connaître avec le semis de printemps : après avoir semé, il faut rebrasser légèrement le sol pour que les semences ne restent pas en surface, où elles risquent de sécher et de ne jamais faire un bon contact avec le sol. C’est une étape que l’automne permet d’éviter, mais qui reste nécessaire au printemps pour assurer la germination.
Ensemencement
Les mélanges d’Akène contiennent une très grande quantité de semences, de 18 000 à 27 000 semences environ pour 100 pieds carrés (9,3 m²). Comme plusieurs espèces ont de très petites semences, ce grand nombre tient dans un volume réduit. Pour vous assurer de bien étendre de façon uniforme le mélange sur la surface à couvrir, nous recommandons de combiner le mélange de semences à 4 ou 5 parts de sable ou de vermiculite, de bien mélanger le tout, et de semer ce nouveau mélange à la volée. Vous pouvez aussi semer la moitié du mélange à la volée en avançant dans un sens de la superficie, puis l’autre moitié dans l’autre sens.
Pour les semis de printemps, vous devez travailler légèrement la couche superficielle du sol avant de semer. Un simple passage de râteau permet de créer un lit de semences meuble d’environ 1 à 2 cm de profondeur, suffisant pour assurer un bon contact sol-semence. Plus le sol est propre et nivelé, plus l’implantation sera homogène.
Arrosez ensuite délicatement, mais en profondeur, et assurez-vous de conserver le sol humide, mais pas détrempé, jusqu’à la germination. Vous pourrez ensuite arroser de temps en temps en fonction de la température et des jours plus secs. Après quelques semaines, les plantes n’auront plus besoin d’arrosage, sauf en cas de sécheresse prolongée.
La plante abri : un rôle indispensable
S’il y a bien un rôle indispensable à la réussite de l’implantation, c’est celui de la plante abri.
La plante abri, c’est une espèce à germination et à croissance rapides qu’on sème au même moment que le pré fleuri. Elle va avoir trois rôles : stabiliser le sol, concurrencer les mauvaises herbes et protéger les plantules du pré fleuri en plein développement lors de la première saison.
Dans les mélanges résidentiels d'Akène, ce rôle est déjà assuré par certaines graminées indigènes à croissance rapide du mélange.
Toutefois, pour de plus grands projets ou sur un site exposé à l’érosion, on conseille parfois de semer une plante abri en plus du mélange pour stabiliser le sol plus rapidement. Il y a de nombreux exemples de plantes abris, mais nous en retiendrons une : l’avoine. Au printemps, semez-la en petite quantité, environ 10 à 35 g par 100 pieds carrés : trop dense, elle étouffe les plantules qu’elle doit protéger. Pour un semis d’automne sur un site bien préparé, une plante abri n’est généralement pas nécessaire : les graminées du mélange jouent ce rôle dès le printemps.
Entretien du pré fleuri
La saison qui suit le semis, si l’implantation a été un succès, la plante abri va pousser et quelques mauvaises herbes annuelles vont aussi avoir une croissance rapide, ce qui est normal. À ce stade, les semences du pré fleuri auront seulement commencé à germer ou seront encore très petites jusqu’à la fin de l’été.
C’est pourquoi, une fois que la plante abri ou les mauvaises herbes commenceront à fleurir, il faudra les tondre au moins une fois, à environ 10 à 15 cm (4 à 6 pouces) du sol. Plus d’une tonte sera sans doute nécessaire lors de cette première saison post-semis.
Une fois le pré fleuri établi, l’entretien est minime. Il suffit de le tondre une fois par année, au début du printemps plutôt qu’à l’automne, afin de laisser les plantes en place tout l’hiver. Elles offrent ainsi un refuge et une source de nourriture pour la faune durant l’hiver. La règle d’or : il faut attendre une dizaine de jours consécutifs à plus de 10 °C le jour avant de tondre pour laisser le temps à la faune de sortir de son hibernation ! Il est recommandé de tondre le pré fleuri à une hauteur d’environ 8 à 10 pouces (20 à 25 cm).
Un autre avantage des plantes indigènes est qu’il n’y a aucun besoin de se soucier de l’amendement ou de la fertilisation. Les plantes indigènes sont résilientes et adaptées à notre climat et à nos conditions (à condition bien sûr de choisir le bon mélange de semences pour le bon site !) et peuvent très bien se débrouiller toutes seules.
Votre seule responsabilité sera de ne pas faire le ménage à l’automne, et de ne pas ramasser les feuilles d’arbres qui pourraient se déposer sur votre pré fleuri, à moins qu’elles soient abondantes au point de créer un tapis dense. Vous offrirez ainsi un abri et de la nourriture aux insectes et aux oiseaux en hiver, en plus de tous les nutriments dont vos plantes auront besoin !
Ce que ça donne dans le temps
Ce pré fleuri, implanté chez Hugues Asnard, fondateur de l’entreprise Pré fleuri, illustre bien la progression annoncée plus haut. Voici le même carré de terrain, photographié chaque saison pendant ses trois premières années.
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Juin, année 1 |
Juillet, année 1 |
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Septembre, année 1 |
Hiver, année 1 |
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Juin, année 2 |
Juillet, année 2 |
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Septembre, année 2 |
Juin, année 3 |
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Août, année 3 |
Septembre, année 3 Pour voir d’autres prés fleuris, visitez le site de Pré fleuri. |
Et maintenant, appréciez !
En suivant ces étapes et en étant patient, vous pourrez créer un pré fleuri magnifique et durable qui fournira un habitat pour les pollinisateurs et embellira votre paysage.
Vous verrez le mélange de plantes sauvages et indigènes évoluer au fil du temps, certaines espèces se déplaçant même au gré des saisons, en se ressemant d’elles-mêmes ou en s’étendant de façon végétative ! Des oiseaux viendront peut-être y déposer quelques semences de plantes de votre secteur, ajoutant quelques surprises chaque année.
Il ne vous reste qu’à décider si vous voulez encourager certaines espèces, en retirer d’autres, ou simplement ne rien faire et laisser la nature vous émerveiller !
Références
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Fortin Faubert, M. et A. Huet. 2024. Partage ta pelouse : identifier le potentiel de diversification du territoire par la transformation des pelouses. Fondation David Suzuki.
Kawahara, A.Y., L.E. Reeves, J.R. Barber et S.H. Black. 2021. Opinion: Eight simple actions that individuals can take to save insects from global declines. PNAS 118(2) : e2002547117. https://doi.org/10.1073/pnas.2002547117
Narango, D.L., D.W. Tallamy et K.J. Shropshire. 2020. Few keystone plant genera support the majority of Lepidoptera species. Nature Communications 11 : 5751. https://doi.org/10.1038/s41467-020-19565-4
Wormser, O. 2022. Lawns into Meadows: Growing a regenerative landscape. Stone Pier Press.









